L’Acadie et Sully Qu’en était-il exactement de leurs relations ? C’est l’enquête que nous avons demandée à F. René Perron de mener…
En Histoire de la Nouvelle-France, le surintendant des Finances du roi Henri IV, Maximilien de Béthune, baron de Rosny et futur duc de Sully, passe pour avoir été contre. Ses Mémoires, les célèbres Œconomies Royales l’ont fait croire. Robert Rumilly l’affirme ainsi : “Sully, jugeant les expéditions coloniales propres à dépeupler et appauvrir la France, témoigne d’une hostilité particulière envers les pays septentrionaux, qu’il croit à jamais improductifs…”
Notre assemblée générale de 2005 s'étant tenue non loin du château de Sully-sur-Loire, il peut être intéressant de voir de près cette assertion. Certains éléments sont en effet susceptibles de nuancer cette opinion.
À Nogent-Le-Rotrou : des rencontres possibles Le ministre d’Henri IV avait des possessions en cette ville du Perche, où il fut d’ailleurs enterré, où résidait la famille Jacquelin, alliée de Charles de La Tour, ainsi que ces Le Balleur cités sur l’acte de mariage (décembre 1639) du pionnier du Cap-Sable (1). Il en possédait aussi à Montigny-le-Chartif dans cette même région, provenant d’un achat à Henri II de Bourbon-Condé, le demi-frère de Charles de Bourbon, qui, en 1612, fut le Vice-Roy de la Nouvelle-France.
Il est donc très probable que des contacts furent pris entre eux, et peut-être même sous l’égide de la famille Jacquelin. Le duc de Sully devait, à la mort d’Henri IV, se prémunir contre l’hostilité des Bourbon, y compris du comte de Soissons, Charles de Bourbon.
Un faisceau d'alliance avec le bloc des financiers En dehors de ses nombreuses charges, toutes importantes, comme “Maître de l’artillerie”, Grand-Voyer de France, Surintendant des bâtiments (une charge où il côtoyait Anne-Charles Le Balleur et les Le Nôtre, alliés des Jacquelin), le surintendant des Finances d’Henri IV se devait d’avoir des alliés ou commensaux parmi les familles de financiers du royaume. Il n’y manqua pas, et l’on trouve dans son entourage une kyrielle de ces importants personnages, les Berthelot, de Maupéou, Poncher (alliés des Le Gendre sur lesquels nous reviendrons), de Pierrevive, de Gondi, Briçonnet, de Gadagne, Cottereau, Robertet, de Saldaigne, de Thou, Clausse, et même de Hélin et Burgensis à l’origine des Bourgeois acadiens (2).
Autres alliances importantes Maximilien de Béthune était allié à bien des branches de la noblesse, comme les Dauvet, Lhuillier, Raguier, de Longuejoue (ceux de Montglat près de la Ferté-Gaucher), de Harlay, de Versoris, de Montholon, Hurault de Cheverny, de Cochefilet (donc Eschalard de La Boulaye et de La Marck de La Ferté-Gaucher), sans oublier les de Neufville-Villeroy issus des Le Gendre de Rouen.
Avec les Dauvet, seigneurs des Marets, on rejoint les Brulart de Sillery (un chancelier de France) et une fois encore les Bourgeois. Et, par les Lhuillier, nous retrouvons les de Biencourt de Poutrincourt.
Un des principaux “protégés” de Sully, Charles Duret de Chevry, fils de Louis Duret, Médecin du Roy, était aussi Docteur-Régent en la Faculté de Médecine de Paris, époux en 1609 d’Elisabeth Dolu, une fille de François Dolu, Président de la Chambre des Comptes. On sait que Jean-Jacques Dolu, Intendant des affaires de l’Acadie, était lié à Guillaume de Caen. (3)
Un second Charles Duret de Chevry fut Président de la Compagnie de l’Acadie. Collaborateur de Sully, il organisait des ballets à l’Arsenal, ce qui contredit en partie la tradition d’un ministre austère et grincheux…
Et ce commensal de Sully était fortement intéressé à l’Acadie : autre contradiction à garder en mémoire ; il n’était pas le seul dans ce cas, comme on le verra plus loin. Et que dire d’Henri IV lui-même, promoteur numéro un de la première colonie française au Nouveau-Monde ?
La tradition d’un duc de Sully fortement opposé aux installations outre-mer est ainsi déjà battue en brèche car on le voit mal recruter des collaborateurs d’opinion inverse ! Et ils n’étaient pas les seuls…
Hugues Cosnier, réalisateur du canal de Briare
En tant que Grand-Voyer de France, une des charges éloignées des finances, Maximilien de Béthune eut à s’occuper du creusement des canaux, et tout spécialement de celui qui devait joindre la Loire à la Seine, le canal de Briare, utilisant pour ce faire la vallée du Loing.
L’ingénieur chargé de la réalisation des travaux fut Hugues Cosnier, après adjudication à la somme de 500 000 livres (mars 1604, donc pendant le règne d’Henri IV). Et Cosnier eut aussi l’appui du Grand-Voyer, qui considérait cette réalisation comme une affaire personnelle (en fait, les travaux ne furent terminés qu’en 1642 seulement).
Il fut même sollicité par Sully pour la construction de “sa” ville d’Henrichemont, comme entrepreneur de divers travaux. Et il fut un des membres de la Compagnie des Cent-Associés. Il était le fils d’un autre Hugues Cosnier, Sieur de La Folie et Valet de Chambre du Roy, l’époux de dame Françoise Yesure.
Et, de plus, il était un des frères de Marie Cosnier, mariée à Jacques Denys, Sieur du Pressoir, les parents… de Nicolas Denys, le pionnier d’Acadie. (4) Ce n’est pas tout, car Marguerite Cosnier était la belle-mère de Jean Ralluau, le secrétaire de Pierre Du Gua de Mons, puis de Noël Brulart de Sillery, Commandeur de Malte, et Chevalier d’honneur de la reine Marie de Médicis. Comme les Brulart étaient alliés à la fois des de Montholon et des Bourgeois (donc des Le Gendre), nous entrons de nouveau dans le cercle acadien avec cette famille Le Gendre et ses rameaux de Rouen, de Tours, d’Orléans, de Moulins, de La Ferté-Gaucher, et ceux de la cour de France devenus par anoblissement les de Neufville-Villeroy, les secrétaires d’État d’Henri III, Henri IV et, par la suite, de Louis XIII.